En Guinée, dans la préfecture de Télimélé, il existe une structure
de jeunes dite Club Littéraure Tierno Monénembo (CLTM). C’est un club mis en
place par une dizaine de jeunes qui venaient fraîchement d’être admis au lycée
Ley-wendou de Télimélé. Nous sommes en 2009, au premier trimestre de cette
année qui restera toujours marquante dans les souvenirs de bon nombre d’entre
eux. Le lycée Ley-Wendou baignait dans un manque considérable de professeurs.
Alors, que faire pour compenser ce manquement qui risque d’affecter la
formation des pauvres enfants ? La reponse fut vite trouvée par l’un des
rares professeurs de français du lycée d’alors, M. Mory Komora, l’ami
incontestable de tout bon élève. Il proposa à l’élite (comme on aimait appeler
les membres du CLTM)
de mettre en place une unité lui permettant de produire, gérer et
partager du savoir. L’idée n’était que la bienvenue. Un club fut vite mis en
place. Et, le 10 mars 2009, dans un après-midi ensoleillé, fut tenue la
première assemblée générale du CLTM. D’où la date retenue pour son
anniversaire. A noter que le nom Tierno Monénémbo n’était pas venu au hasard.
Le prix Renaudot décerné à l’auteur guinéen en 2008, pour son ouvrage « Le
roi de Kahel » permit à son nom de remporter le vote entre plusieurs
autres de ses compatriotes auteurs d’œuvres littéraires.
Le club était né. C’est plutôt
facile. Mais, les objectifs, les atteindre ne sera pas autant aisé. Le grand
paradoxe était que, mêmes certains membres de la direction du lycée _ pourtant
censés contribuer à l’émancipation du CLTM _ tentaient coûte que coûte à couper
le blé en herbe. Parmi les moyens utilisés, intimider les enfants en menaçant
leur avenir. Thierno sadou Haby Diallo, membre fondateur, premier président du
CLTM, se souvint toujours de la menace qui lui a fait peur jusqu’à l’obtention
de son baccalauréat en 2011. C’est quand l’un des premiers responsables de
l’établissement l’avait appelé dans son bureau pour lui dire ceci :
« C’est toi qui recrute des mercenaires pour brûler le lycée ? Je
sais que c’est toi le meneur. Mais toi et moi, on se verra. Cela engendrait la
peur qui venait s’ajouter au manque d’expérience auquel notre jeune
« élite » était confrontée. La seule source de documentation était la
bibliothèque préfectorale qui les a, quand bien même, permise de lire les
auteurs de leur programme et de prendre largement connaissance des ouvrages de
leur idole, Tierno Monénembo. Abdoulaye Gheto Diallo, membre fondateur et
premier secrétaire général du CLTM, reconnait: « grâce à la bibliothèque
on a pu apprendre des choses, dont je ne sais pour quelle raison, on ne
nous a pas enseignées en classe. Comme les techniques rédactionnelles
littéraires, administratives etc. On y a découvert également de grands journaux
et revues, des documents nous ayant facilement amené à préparer nos thèmes de
conférence et améliorer notre vocabulaire. »
En 2009, vers la fin de l’année scolaire, le CLTM organise sa
première activité culturelle. Une conférence-débat dont le thème portait sur le
déracinement et l’exode rural. Malgré les maigres moyens des pauvres enfants,
tout était bien organisé et un riche menu était sur la table. Mais, aucun
invité (élève, professeur, ou directeur) ne fit acte de présence. Le seul prof
qui était là est M. Komora, le parrain du CLTM. A ne donc pas compter parmi les
inviter, bien sûr. Les enfants on du mal à comprendre pourquoi une telle chose.
Les vacances arrivent et leur donnent suffisamment du temps pour
apprendre à corriger le passé. A l’ouverture, ils reviennent avec un plan d’action
de neuf activités soit une cérémonie culturelle chaque moi. Quelle
détermination ! A l’issue de l’année, compte tenue des programmes en
classe et quelques petites difficultés, le plan d’action n’était pas à 100%
respecté mais l’essentiel fut fait. Trois activités de grandes envergures
restent à retenir :
-la sortie sur le collège-lycée du district de Poré-kiré suivie de
la visite de la grotte de Ley Legguel. La conférence-débat sur la violence en
milieu scolaire frappa de plein cœur les adolescents villageois ;
-Le concours de poésie inter école sur l’unité nationale
regroupa tous les grands établissements de la commune urbaine de Télimélé et
environs, et ;
-La fête de la francophonie, que d’ailleurs, le CLTM ne manque
plus tous les 20 mars, attira l’attention du maire de la commune urbaine, Alpha
Oumar Bantaya Bah, membre de l’association des maires francophones.
Le CLTM occupait déjà le devant de la scène culturelle de Horé
Wéliya. Les demandent d’adhésion affluent et le CLTM est installé sur plus de 5
établissements publics et privés. Les textes juridiques rédigés par l’ami
incontestable du CLTM, le professeur de chimie Amadou Djogo Barry permit, de
mettre le maximum d’ordre en son sein et ne purent continuer à se soumettre à
ses exigences que les membres les plus fidèles. Et, le club Monénembo est doté
de son agrément. La diplomatie du proviseur du lycée Ley-wendou, M. S. Oumar
Barry permit au CLTM de gagner la bonne place à la préfecture et à la mairie.
Ainsi, au sein même du lycée Ley-Wendou naissent d’autres
structures concurrentes. Et celles qui acceptent de rendre au CLTM son droit
d’aînesse, comme le Club les amis du Livre, évoluent avec lui en clubs frères.
Même si les idées incontournables du professeur de littérature et actuel censeur
du lycée Ley-Wendou, favorisa le club ainé à hisser très haut son drapeau. A
noter que tout ceci à été faciliter par l’appui considérable de Madame Aminata
Camara, directrice de la radio rurale locale. Le club littéraire se fait
également entendre par la voix des ondes.
Toute chose est appelé à passer. Cette première génération devait,
au début de l’année scolaire 2010-2011, céder sa place à une autre. La relève
est bien préparée. Thierno Ismaila Diallo, deuxième président du CLTM, dresse
une équipe dynamique qui parie de travailler plus que la première. « C’est
un grand honneur pour moi de prendre la commande d’une si importante
structure ». Avait-il déclaré lors de sa prise de fonction. Les thèmes les
plus marquants sont renvoyés devant le public. C’est le cas de celui qui sera
longtemps d’actualité : Les problèmes de l’élève guinéen en général et
celui de Télimélé en particulier. « Un thème délicat.» Avaient reconnus
les membres de la DPE, direction préfectorale de l’éducation, qui donnèrent la
promesse de revoir les conditions des élèves non seulement mais celles des
enseignants aussi.
Aujourd’hui, le club littéraire Tierno Monénembo est détenu par la
troisième génération. Alpha Amadou Diallo, actuel président, oriente ses
activités sur plusieurs domaines. Notamment, l’assainissement des endroits
publics comme l’hôpital préfectoral tout récemment. Un acte grandement
significatif en cette période de crise sanitaire due à l’épidémie à virus
ébola qui n’a pas épargné la pauvre préfecture.
Chaque activité que mène le CLTM devient un objectif réussi. Mais
il reste encore beaucoup à faire. Deux grands objectifs à long terme sont sur
le registre : la création d’un journal au nom de la préfecture et d’une
bibliothèque scientifique numérisée.
Courage !